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Enfants-maître (article de W. Maurer) en format PDF

La source ensevelie de la paix (article de W. Maurer) en format PDF


La paix exige un changement de conscience
Une vraie prévention de la violence est possible!

La source ensevelie de la paix

Willi Maurer

L´escalade de la violence met en évidence notre tendance à faire aux autres ce que nous avons subi nous-mêmes. Une profonde recherche intérieure nous permettrait pourtant de découvrir une vérité complètement ensevelie et de mettre fin à ce cercle vicieux destructif. En effet, dans les civilisations dites avancées, une tradition millénaire a fait qu´on sépare le nouveau-né de sa mère. Ainsi le contact physique entre mère et bébé ou l´indispensable "imprinting" qui passe par tous les sens- tactile, olfactif, visuel et auditif est rendu impossible. Le bébé dont le besoin de proximité est incompris se sent impuissant. Plus tard, il aura tendance à recourir à la violence, particulièrement lorsqu´il affrontera des situations qui pourraient réveiller ce sentiment douloureux. L´incapacité qu´ont bien des adultes à ressentir de l´empathie envers les nouveaux-nés pourrait également être la conséquence de leur propre imprinting empêché.
Avez-vous déjà songé que l´éloignement du bébé ou le retrait d´amour, en cas de conflit, font peut-être bien partie du registre de la violence humaine? Seule une prise de conscience permettra de passer de la "lutte contre la violence" à une véritable prévention qui favorise l´imprinting.


Trouver le contact avec l´enfant intérieur
Les évènements du 11 septembre 2001 nous montrent, une fois de plus, à quel point les hommes se laissent facilement entra”ner à la violence et à la guerre lorsque sont attisées en eux des peurs irrationnelles ou quand la dignité humaine est foulée aux pieds. Comment se fait-il que les hommes puissent aussi facilement devenir le jouet de forces destructives?
Tous les individus, groupes ou états qui font usage de violence ont quelque chose en commun: Ils se sentent victimes (et jettent parfois de l´huile sur le feu pour en avoir l´apparence). Ils agissent pour éviter un sentiment d´impuissance ou pour se venger d´une injustice subie. Ils croient tous être dans leur droit. Pourquoi? Comment cela se fait-il?
Pour trouver réponse à ces questions, un changement de paradigme est nécessaire, il faut renouer contact avec notre propre enfant intérieur. Ce contact s´établit tout naturellement chez les jeunes parents ouverts aux messages de leur nouveau-né. Car les enfants sont nos ma”tres; ils peuvent nous faire revivre non seulement des sentiments heureux, mais aussi d´autres, douloureux, dont nous nous sommes coupés dans la plus petite enfance.
Bien des personnes, motivées par une souffrance intérieure, ont entrepris un travail en profondeur sur eux-mêmes, retrouvant ainsi des expériences d´enfance qui les ont marquées.
Leurs récits montrent clairement que la tendance à faire usage de violence vise toujours à éviter un très ancien sentiment d´impuissance refoulé.
Dans toutes les cultures dites avancées, beaucoup d´individus connaissent en effet une division intérieure qui depuis des siècles se transmet d´une génération à l´autre, du fait de l´habitude de séparer la mère du nouveau-né. Le bébé est parfois confié à des mains étrangères et couché dans un berceau ou dans la chambre d´enfant plutôt que de rester en contact corporel constant avec sa mère (*1). Bien qu´actuellement il ne soit plus nécessaire de se battre pour une naissance douce, l´importance de l´imprinting et du fait de porter le nourrisson reste sous-estimée..
Et pourtant, beaucoup d´éléments confirment la signification fondamentale de ce contact primordial, dont les conséquences influencent toute notre vie.

La recherche sur les animaux connaît les répercussions dévastatrices du manque d´imprinting pour le comportement social et maternel des femelles: mère et petit ne se reconnaissent plus et ont des comportements inadaptés qui peuvent mettre leur vie en danger.

Chez l´homme, ce n´est pas différent... ou c´est peut-être même pire. Ceci parce-que, biologiquement, le bébé humain est fait pour être porté (*2). A la naissance, le bébé a des reflexes qui indiquent qu´il voudrait s´agripper au corps de la mère. Le non respect de ce besoin fondamental est source de malheur (*3).
Il serait cependant faux d´accuser les mères qui ne perçoivent pas les besoins réels de leur enfant, car elles sont elles-mêmes victimes d´un cercle vicieux dont elles ne pourraient sortir que gråce à une prise de conscience collective. Ce qui est difficilement réalisable, car les personnes qui ont "oublié" leurs expériences de la petite enfance ne sont pas en mesure de ressentir ce dont je parle.
L´impossibilité de démontrer - selon des critères acceptés par la science officielle - que la violence découle de traumatismes survenus dans la petite enfance est un autre obstacle. En effet, les témoignages allant dans ce sens ne peuvent qu´être subjectifs. Il existe cependant des recherches empiriques en psychologie des profondeurs (comme celles de James W. Prescott (*4) ou Michel Odent (*5) qui montrent de façon crédible les liens entre les tendances à la violence et leur origine: les sentiments douloureux refoulés de la petite enfance.

Recherches en psychologie des profondeurs.
Après plusieurs anneés d´intense travail de développement personnel au moyen de différentes méthodes holistiques, j´ai eu l´occasion de former une communauté de recherche et de vie avec une douzaine de thérapeutes. Pendant un an, nous sommes restés quotidiennement six heures ensemble, dans la même pièce (lors des sessions intensives qui duraient dix jours, nous étions même ensemble 24 heures sur 24).
Les structures que nous avions crées nous permettaient, sans danger, de nous exprimer totalement au niveau émotionnel et corporel. Toute la pièce était capitonnée et chaque participant, auto-responsable, prenait alternativement le rôle d´accompagné lorsqu´il était touché émotionnellement, et d´accompagnant. Sachant que, comme beaucoup d´autres personnes, nous avions l´habitude invétérée de nous retirer lorsqu´un conflit nous paraissait insupportable, nous avons consciemment renoncé à toute possibilité de fuite. En effet, notre but était de découvrir ce qui peut se passer lorsque l´on ne se retire pas. Ces structures nous permirent de sonder notre vie émotionnelle jusqu´à des niveaux toujours plus profonds, de la petite enfance jusqu´à des evènements prénataux.
Selon les besoins de la situation, nous nous faisions découvrir et expérimenter différentes méthodes thérapeutiques; ensuite, nous pouvions vérifier ensemble ce qui avait bien marché ou ce qui avait été inaproprié. Au cours de ces expériences qui nous saisissaient entièrement à différents niveaux de notre vie intérieure, un trésor de co-naissances et d´expérience relationnelle s´est accumulé. Il dépasse de loin les connaissances qui résultent d´un processus thérapeutique conventionnel (*6).
Nous avons réalisé que les comportements relationnels et sexuels violents liés à notre culture cachaient toute autre chose que ce que nous supposions. A savoir, le souhait de notre bébé intérieur refoulé d´atteindre la source de vie, c´est à dire la mère. Nous avons aussi découvert l´origine de la différence entre le comportement typiquement féminin et masculin.

Le berceau de la violence
Un garçon! Pourquoi pleure-t il? Contrairement à la fille, il est souvent attendu avec joie. Il devrait donc avoir toutes les raisons de se sentir aimé. Souvent il remarque très tôt que ce n´est pas son être véritable qui est le centre d´interêt. Il est porteur d´attentes, on le montre avec fierté et pourtant on le couche dans la chambre d´enfants. Ses pleurs ne sont pas reconnus pour ce qu´ils sont, c´est à dire l´expression de son besoin d´être porté contre le corps de sa mère.
Comme bébé il vit déjà la douche écossaise, tantôt désiré tantôt couché à l´écart. Cela devient encore plus difficile quand il doit combler chez la mère le vide laissé par l´absence du père. Il doit alors supporter une proximité qui le surprotège et l´étouffe. Son souhait ou besoin d´être porté sans avoir à faire quelque chose de particulier est sans cesse déçu.
Chez le bébé garçon, constamment soumis à un tel arbitraire, naît lentement un profond sentiment d´impuissance mélé à l´envie du pouvoir que détient la mère.
Plus le garçon grandit, plus il essaie d´échapper à l´emprise maternelle... Il s´y sent à l´étroit. Plus tard des règles sociales rigides ou le souhait d´un contact plus étroit de la part de sa partenaire vont toucher cet ancien sentiment d´oppression. Il est alors possible que l´ancienne haine s´exprime dans de l´opposition violente ou dans la lutte pour la "liberté".
La peur de se confronter à son sentiment d´impuissance lui fait trouver des stratégies qui lui donnent du pouvoir. De telles stratégies trouvent leur apogée dans les tendances à la globalisation, dans la course aux armements et à la force nucléaire dissuasive.

Bonne fille, enfant sage
Il est évident que ce sont surtout les hommes qui exercent la violence. On peut alors se demander s´il existe une forme de violence féminine. Oui, il y en a une Š mais elle est à peine identifiable comme telle. La différence entre le vécu de l´homme et de la femme comme bébés est que la femme a très tôt fait l´expérience d´être moins désirée par les parents.
Traditionnellement, on accorde moins de valeur au bébé féminin qu´au bébé masculin. La petite fille porte en elle un sentiment d´insignifiance ou celui de ne pas avoir de valeur (*7). Pour ne pas peser à son entourage, elle renonce à ses besoins en se rendant serviable et facile à entretenir. Elle essaie de gagner ou mériter son appartenance en étant "sage". Elle prend l´habitude de refouler la haine que lui inspirent ces conditions de vie, car s´exprimer entraînerait justement le rejet. Dans son impuissance, la petite fille dirige sa haine refoulée contre elle-même.Cela se manifeste indirectement par des sentiments de culpabilité, par des tendances à se limiter et à se détruire.
Il n´est donc pas étonnant que la femme habitée par l´ancienne peur d´être abandonnée accepte souvent des conditions de vie qui la font souffrir. Le silence des femmes contribue à renforcer le pouvoir des hommes.
Aussi bien l´homme que la femme tentent de retrouver dans leur relation de couple le lien étroit qui leur avait manqué avec leur mère.
La femme voudrait être sauvée de sa solitude et recherche le contact: elle se sent alors aimée.
Au contraire, l´homme se sent aimé lorsque son souhait de distance et de liberté est respecté. Chez les couples qui reproduisent réciproquement les comportements de la petite enfance, des conflits sont programmés d´avance. Ils vont symboliquement jouer le jeu de la mère qui peut donner ou retirer son sein... ainsi d´anciens sentiments d´envie, de jalousie ou de haine seront souvent réveillés. Cela pourrait être l´occasion de reconnaitre que c´est dans la petite enfance que sont nés l´impuissance et la soif d´appartenance. A défaut on rend le partenaire coupable de son propre malheur. Cette attitude est alors souvent punie par une privation d´amour, par le retrait ou par de la violence.

L´expulsion du paradis
D´après mon expérience la coupure d´avec l´enfant intérieur est identique à celle qui nous sépare de l´unité. Cette scission ne résulte probablement pas de la perte de sécurité liée à l´expulsion hors du corps maternel ou même à une naissance difficile et traumatisante. Cette aliénation resulte de la séparation qui survient après la naissance lorsque le bébé est couché à l´écart de la mère, car l´intégration guérissante du choc de la naissance par l´intimité du corps maternel et l´imprinting sont rendus impossible (*8).
Il est clair que les crèches représentent un grand soulagement surtout pour les familles monoparentales. Mais si le placement en crèche se produit trop tôt et que la séparation empèche l´imprinting, on pose les bases pour encore plus de souffrance, de destructivité et de division intérieure.
On trouve souvent des formes mixtes de structures masculines ou féminines décrites ci-dessus. Ces derniers temps la structure féminine augmente chez les jeunes hommes. Les bébés garçons ne sont plus tellement préférés ou surprotégés en raison de l´émancipation de la femme et de son activité professionnelle.

Experiences marquantes
A dix ans, carabine militaire de mon père au bras, je me suis posté devant mes parents, en exigeant d´eux qu´ils m´aiment. Ils tombaient des nues et protestèrent en prouvant leur amour par les bons soins qu´ils me prodigaient. Ne sachant pas ce que l´amour aurait pu être d´autre, je me suis trouvé là, tout penaud et j´ai déposé l´arme.
Ce n´est qu´à l´åge adulte et après de nombreuses séances thérapeutiques que j´ai trouvé accès à mon véritable besoin: je voulais être pris dans les bras exactement comme mon petit frère. Si j´avais su l´exprimer à mes parents , ils m´auraient certainement pris tendrement dans les bras. Mais d´o¯ venait cette incapacité à percevoir et à exprimer mes besoins?
Un long travail m´a permis d´approcher la vérité. Après ma naissance, j´ai été immédiatement séparé de ma mère et couché tout seul dans une chambre comme c´était d´usage à l´époque.
J´ai passé les premières heures de ma vie, seul, à pleurer jusqu´à l´exténuation. Lorsque finalement et après des heures, ma grand-mère m´a pris dans ses bras, je me sentais raide de froid et étranger.
Avec amour elle s´est efforcée à me donner le biberon. Les entrailles rongées par la souffrance, je m´y suis opposé en me débattant vainement. Pris dans mon malheur, je ne sentais même plus ce dont j´aurais vraiment eu besoin: de contact avec ma mère.
Lorsque ma mère, rétablie après un accouchement pénible, a voulu commencer à s´occuper de moi j´étais difficile, souvent en refus et je l´ai amenée, elle qui voulait être une bonne mère, aux limites de sa patience. Au début, elle réagissait à mes cris incessants par des regards furieux , puis par des tapes Š et lorsque cela ne suffisait pas encore pour me faire taire, elle me remettait brusquement au lit. Là, ce n´était que pleurs d´impuissance et de résignation: exprimer mes besoins équivalait à perdre l´appartenance. C´est ainsi que plus tard, même capable de parler, je n´étais pas en mesure de formuler mes vrais besoins.
Il en est resté une nostalgie "d´amour" tellement répandue dans notre société qu´on la considère souvent comme une tendance innée. De même, lorsque j´étais jeune homme, je ne me suis jamais demandé pourquoi les cris de bébés réveillaient chez moi des sentiments de haine.

Vandalisme et xénophobie
Lors de profonds processus de régression que j´ai longtemps accompagnés en tant que responsable de groupes de travail corporel et émotionnel, j´ai souvent fait l´observation suivante: Les personnes dont l´imprinting fut empéché étaient el-les-mêmes protagonistes de scènes infantiles traumatisantes. Ces situations reproduisaient inlassablement leur expérience initiale et les enfermaient dans un cercle vicieux. Par exemple, lorsqu´elles étaient enfants, elles réagissaient avec colère et haine si la mère accordait de l´attention à un petit frère ou soeur ou au partenaire. Mais comme l´expression de ces sentiments était punie par un retrait d´amour, des coups ou par un rejet, la plupart d´entre elles se mirent à les réprimer et à devenir "sages".
La haine refoulée des enfants "sages" ne se manifestera peut-être que plus tard sous forme d´exaspération quand ils entendent un bébé crier. Elle peut aussi s´exprimer devant la télévision par la participation virtuelle sympathisante à des actes de violence ou encore par leur soutien à un parti qui veut expulser les réfugiés.
Certains enfants n´ont jamais renoncé, malgré des chåtiments, à exprimer la haine meurtrière qui les anime vis à vis d´un petit frère ou soeur qui semble avoir reçu ce dont eux-même ont cruellement manqué. Certains se laissent discipliner par un retrait d´amour ou par l´exclusion; mais en tant qu´adulte, leur haine va immanquablement se manifester. Chez nous, le grand spectre de comportements destructifs (ou auto-destructifs) courants en témoigne. Mais que se passe-t-il avec les enfants qui ne se sont jamais "laissé avoir"? Beaucoup d´entre eux passent finalement à travers toutes les mailles des institutions sociales. En raison de la répétition constante de leur sentiment d´être exclus et défavorisés, ils se sentent tellement atteints dans leur dignité qu´ils décident une fois pour toutes de se venger de tout ce qu´ils trouvent injuste. Alors il leur faut un bouc émissaire.
A partir d´un sentiment d´impuissance, certains se vengent en visant la société (qui remplace leur mère) et violent ses lois, salissent ses valeurs symboliques et détruisent ses idéaux et son idylle de paix.
L´ancienne haine refouléé et initialement dirigée vers un petit frère préféré s´exprime plus tard par le racisme et l´hostilité envers "l´autre", celui qui est différent. Elle se manifeste par des actes criminels et violents contre une minorité apparemment privilégiée, comme les demandeurs d´ asile dont l´Etat s´occupe.
En plus de la satisfaction de leur rage destructrice, ces individus trouvent dans les cercles d´extrème droite une atmosphère qui satisfait leur sentiment d´appartenance. De plus, ils se sentent reconnus: exactement ce dont ils auraient eu besoin comme enfants. Dans les cercles d´extrème gauche, ils se battent certes pour plus de justice sociale, mais la haine enfouie qui les anime pour imposer leur idéal leur fait utiliser les mêmes méthodes violentes que leurs adversaires.

Le feu aux poudres
Le mélange explosif de tendances destructives résultant de frustrations individuelles et sociales est comme un baril de poudre; et la mèche a besoin de l´allumette. Ce potentiel est alimenté et satisfait par le caractère excitatif des mass-médias. Il n´est donc pas étonnant que des groupes ou des hommes avides de pouvoir essaient d´abord de contrôler les médias. Mais il n´est pas étonnant non plus que ceux qui, sans le savoir, portent ce potentiel de haine venu de leur manque d´appartenance dans la petite enfance, consomment exactement ces médias.
Au sein d´une nation, ce potentiel de violence et de haine peut devenir très destructif, à moins qu´il ne soit détourné vers un bouc émissaire extérieur. Dans ce contexte, il est facile de comprendre pourquoi, après la chute du mur de Berlin, les USA ont très vite essayé de faire passer certains pays pour "crapules". A l´aide d´informations fausses et ciblées ou de la censure dans les médias, le potentiel de haine refoulée est dirigé vers certains états ou contre leurs chefs. Le but est d´influencer l´opinion publique afin que l´utilisation de la violence paraisse justifiée.
Ces méthodes connues par le nazisme, le stalinisme ou la guerre du Vietnam ont aussi joué un rôle important lors du sommet G8 à Gènes, des attentats du 11septembre contre les tours du WTC ( o¯ des soupçons pèsent même quant à la participation des services secrets américains) et lors de l´occupation de la Palestine.
A qui vaut-il vraiment la peine de coller l´étiquette de "crapule" sinon aux gouvernements ou aux peuples qui pourraient empêcher l´accès aux ressources primaires?
Les guerres sales, en Afghanistan et en Israël qui ont servi à d´autres buts que prétendus, le montrent une fois de plus.

Abus de pouvoir
Dans la situation mondiale actuelle, il faudrait tirer la sonnette d´alarme et imposer une pause de réflexion! En effet, le sol sur lequel les préjugés raciaux et religieux se multiplient n´est que trop bien préparé par les circonstances liées à la naissance et aux premières années de vie des enfants.
On pourrait par esemple considérer les graves conséquences des recommandations faites aux jeunes mères de l´Allemagne hitlérienne, par rapport à l´éducation de leurs enfants. On les exhortait à habituer très tôt leur nouveau-né à rester seul. Cette règle, et bien d´autres encore, sont présentées dans l´ouvrage de Sigrid Chamberlain (*9) "Adolf Hitler. Die deutsche Mutter und ihr erstes Kind" ("Adolf Hitler. La mère allemande et son premier enfant").
L´auteur démontre que le culte de masse, la vénération, l´esprit de camaraderie nationalsocialiste ainsi que l´obéissance inconditionnelle étaient le fruit de cette "éducation" des tout petits enfants. Elle ajoute que ce que nous savons sur l´holocauste aurait dû nous faire ouvrir les yeux; et pourtant, en Allemagne, parler de ce thème est aujourd´hui encore un tabou.
Le livre le plus populaire et propagandé du troisième Reich - contenant les exhortations destinées aux jeunes mères - (4 millions de copies vendues) a été en vente jusque dans les années quatre-vingt.

On sait que les enfants des Kiboutz ont été séparés très tôt de leur mère et placés dans des crèches, afin de libérer les femmes pour l´édification du jeune état d´Israël. Les enfants devaient apprendre le plus tôt possible à avoir un comportement social.
On pourrait penser que la séparation d´avec leur mère ne comportait pas de conséquences négatives, du fait que les enfants participaient à la vie sociale. En apparence seulement, l´appartenance au groupe, et plus tard à l´Etat, se substituait au lien avec la mère, perdu au début de la vie.
Bruno Bettelheim a abondamment décrit les conséquences d´une telle situation (*1). Il cite entre autres, la pauvreté des sentiments qui en découle et la facilité avec laquelle ceux qui l´ont vécue s´engagent pour le bien-être social et l´interêt de l´état. Ce sont d´ailleurs les qualités idéales pour faire de bons soldats prêts à défendre les intérêts de leur groupe d´origine. On peut déceler aujourd´hui ce type de comportement par ex. chez les colons fanatiques qui réclament la "grande Israël" et font tout pour maintenir Sharon au pouvoir. Avec d´autres groupuscules ils ont, semble-t-il, déjà réussi à verser tellement d´huile sur le feu que les nombreux israeliens favorables à la paix se retrouvent finalement embarqués dans le même malheur.
Lorsqu´un peuple ou un groupe déverse sa haine sur un bouc émissaire extérieur, chaque individu agit sous le coup d´une vengeance, accumulée suite aux propres traumatismes primordiaux. Il n´y a pas de trève, même pour une pause de réflexion, et il n´y a pas de sensation de souffrance intérieure. Cette trève serait pourtant nécéssaire pour faire un travail individuel de conscientisation et de guérison.
La guerre apporte toujours plus de souffrance et ne laisse pas de place pour un vrai travail de deuil, qui serait favorable à la paix et à la guérison des plaies séculaires et collectives des peuples (par ex. israeliens et palestiniens).
Tant que ce travail de deuil peut être évité, la scission intérieure se reproduit de génération en génération parce-que l´on continue à traiter les bébés comme on a été traité soi-même. Si rien ne change, les générations à venir, par une disposition intérieure acquise, participeront encore activement aux sombres agissements du monde, tolèreront sans broncher les violations des droits de l´homme les plus élémentaires et en tireront même profit.

L´Eldorado des mondialistes
Dans notre culture, le sentiment de l´abandon est atténué au moyen de la sucette, du biberon, des jouets, des sucreries, puis du tabac, de l´acool, et de la consommation dictée par la mode. Ce diffus besoin de compenser des carences infantiles offre aux exploitants peu scrupuleux du monde entier des sources innombrables de profits. Notre soif de gains et la consommation de choses superflues nous rendent complices de l´exploitation sans limite des ressources naturelles et humaines de la planète et de l´émergence insidieuse de puissances économiques mondiales qui sont en train d´évincer le pouvoir politique. Nous sommes co-responsables de ce qui se passe dans le monde. En comprenant notre vécu et en retrouvant les traces des expériences qui influencent nos comportements, nous prenons conscience du pouvoir que nous avons en tant que consommateur et nous pouvons renverser cette situation.

L´echec des religions.
Nous montrer des moyens de sortir de notre chaos intérieur serait la tåche des religions. L´exemple impressionnant de Martin Luther, fondateur de la Réforme, nous aide à comprendre pourquoi cela n´a pas été le cas.
Dans sa louable intention de protéger l´humanité du malheur, Luther était d´avis que la première chose que devait apprendre le petit enfant était de supporter la solitude. Il est arrivé à la conclusion que ses cris devaient être empéchés à tout prix. S´il n´était pas possible d´y parvenir, il était probable que le bébé ait été "échangé" ( par exemple, les contes de Grimm disaient qu´un enfant ensorcelé avait été substitué au vrai). Dans ce cas il pouvait être justifié de le frapper à mort pour se protéger du diable (*11).
Quelle stupidité: sur conseil de l´église, les mères couchaient et couchent encore les bébés à part ! Et lorsque le bébé crie désespérement pour manifester son besoin de proximité, il n´est pas compris par celles qui, en raison de leurs propres blessures n´ont plus accès à leur sensibilité naturelle et se fient donc à une autorité extérieure.
Des chefs d´états comme Sharon et Bush- mais aussi les skinnheads, les néo-nazis, les policiers violents, les militaires pris de rage destructrice et leurs sympathisants sont victimes d´un idéal trompeur qui, comme Martin Luther, les pousse à détruire ce qui à leurs yeux menace leur bien-être et celui de la société. Le terrain propice à de telles conceptions erronées est le refoulement de la souffrance liée à la séparation et à l´impuissance vécues dans la toute petite enfance.
La même fausse croyance fait que les Imams palestiniens appellent au martyre. Les modérés parmi eux exhortent à la paix en citant le Coran qui interdit de tuer des innocents. Mais quel israélien est encore innocent, aux yeux des Palestiniens musulmans, après qu´ils aient vu les images d´un petit garçon qui blotti dans les bras protecteurs de son père, se fait tuer? Sûrement pas le soldat invisible qui tire. Et pas non plus Sharon qui en a donné l´ordre, ni la majorité du peuple israelien qui a voté pour lui, sachant bien qu´il avait déjà commis des crimes de guerre. Mais des images semblables sont aussi présentées du côté israélien. La haine réciproque est ainsi attisée.
Les impulsions auxquelles l´individu donnera suite sont déterminées par son niveau de conscience ou par son potentiel de haine stimulé.

Une solution: se relier (re-ligion)
Tant que notre première expérience humaine sera la douleur, l´abandon, l´impuissance et le refoulement de ces sentiments, nous resterons aveugles au fait que la violence humaine la plus destructive est celle qui consiste à séparer le bébé de sa mère et d´empêcher ainsi l´imprinting.
Si nous évitons de faire un travail individuel de guérison pour des traumatismes que nous avons vécus, les blessures non conscientisées agissent en nous, insidieusement (12). Tant que nous ne les reconnaissons pas, elles nous poussent à nous "venger" ou à provoquer chez les autres, inconsciemment, de nouveaux traumatismes semblables à ceux que nous avons nous-mêmes subi. C´est aussi vrai au niveau collectif .
De grandes fêtes, des manifestations ou des rassemblements commémoratifs signifient souvent que le deuil d´une injustice passée n´a pas été fait. Tant qu´on n´en reste qu´au niveau de la célébration extérieure sans que chaque personne ne ressente profondément la peine liée à l´injustice et à la souffrance passée, les mêmes histoires d´horreur seront remises en scène, comme pour nous rappeler que le sentiment n´est pas guéri (*13).
Se réconcilier avec le passé n´est possible que si, touché au niveau de sa propre blessure, on s´ouvre à la souffrance des générations précédentes, qu´on la reconnaisse et qu´on la ressente. Ainsi, ce qui se passe dans les commissions de vérité en Afrique du sud est exemplaire. Si la voie de la médiation et de la réconciliation est rejetée et que les actes criminels sont punis par l´exclusion, la violence continuera son escalade de génération en génération. La décharge émotive qui explose est pourtant toujours issue des frustrations individuelles vécues dans la petite enfance.
Si nous prenons conscience des conséquences et du prix à payer lorsqu´on sépare le bébé de la mère, nous ferons certainement tout notre possible pour changer notre comportement.
Cette prise de conscience peut se manifester à différents niveaux. - Par la reconnaissance de l´importance de la maternité et donc d´un salaire minimum garanti pour les mères.
- Par l´aide des hommes pendant les premiers mois suivant la naissance pour soulager la mère.
- Pour les hommes, en développant leur côté féminin en s´occupant du bien-être de leur partenaire et progressivement de celui des enfants. Cela pourrait être favorisé par un congé paternel payé.
- Il est de la plus grande importance que les futurs parents trouvent le contact avec leur enfant intérieur.
La dépression post natale - qui est fréquente - pourrait ouvrir une porte. Elle rappelle à la mère la souffrance qu´elle a elle-même endurée lors de la toute première période de sa vie.
Il en est de même pour les hommes qui sont jaloux de l´attention que leur partenaire offre au bébé. Souvent ils s´en défendent par des arguments rationnels. Dans ce cas, l´aide d´une personne compétente et sensible peut être très utile pour retrouver leur enfant intérieur et faire un processus de deuil par rapport à ce qu´il a vécu. C´est alors que se produit la religion...(lat. religione, c.à.d. relier).
Une véritable prévention de la violence ne devient possible que lorsque la douleur et l´impuissance sont reconnues comme les messagères d´évènements qui nous ont submergé et fait perdre conscience de notre véritable identité. Laissons donc les enfants, et particulièrment les nouveaux-nés, devenir nos maîtres!
Trad. Francine Schwartz et Nicole Sordat


Depuis 20 ans Willi Maurer accompagne des personnes dans leur recherche intérieure au moyen de son Travail émotionnel et corporel. Il enseigne aussi l´Aïkido et gymnastique méditative.
Il est membre du réseau Holon, réseau écologique, social, spirituel, politique et créatif (www.holon.ch), s´occupant plus particulièrement des thèmes ayant trait à la psychologie du profond.
Willi Maurer a récemment publié un livre intitulé "Zugehörigkeit" (appartenance, 288 pages, propre édition, Fr. 45.-), qui peut être commandé à Buch2000, CH-8912 Obfelden, ou directement à l´auteur: Willi Maurer, Doné, CH-6994 Aranno.
(En voie de traduction en français, ed. Le Souffle d´Or)

* Ref.: 1) Renggli, Franz: "Selbstzerstörung aus Verlassenheit"; Rasch und Röhring
2) Kirkilionis, Evelin: "Ein Baby will getragen sein"; Kösel
3) Liedloff, Jean: "The Continuum Concept"; Penguin Books.
4) Prescott, James W.: www.psc.uc.edu/hs/HS_Prescott1.htm
5) Odent, Michel: "L´Amour scientifié", Jouvence
6) Maurer, Willi: "Zugehörigkeit. Der verpasste Augenblick - ist er nachholbar?"; ed. propre
7) Olivier, Christiane: "Les enfants de Jocaste"; ed. Denoêl/ Gonthier
8) Odent Michel: http://www.birthworks.org/primalhealth/
9) Chamberlain, Sigrid: "Adolf Hitler, die deutsche Mutter und ihr erstes Kind"; Psychosozial
10) Bettelheim, Bruno, "Evadés de la vie", LGF
11) Walch, zitiert in: Renggli, Franz: "Selbstzerstörung aus Verlassenheit"; Rasch und Röhring
12) Kübler-Ross, Elisabeth: "Vivre avec la mort et les mourants"; Tricome
13) Schützenberger, Anne A.: "Aïe, mes aïeux"; La méridienne

Informations en internet:
http://www.willi-maurer.ch/
www.birthworks.org/primalhealth/
www.fraternet.org/naissance//docs/pau-fr.htm
www.psc.uc.edu/hs/HS_Prescott1.htm
www.continuum-concept.org/
www.forum-geburt.ch

Tissus pour porter les bébés et cours pour apprender à le faire:

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www.babytragen.com

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e-mail: info@carryme.ch   sito web:
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La Leche League Suisse
Postfach 197, CH-8053 Zürich

Willi Maurer, Nicole Sordat, Doné , CH-6994 Aranno Tel. +41 091 609 10 89
E-Mail: info@willi-maurer.ch